08/09/2008

Lettre à Zoé

Ma puce,

Bientôt neuf mois que tu nous manque, que tu es là sans l’être vraiment. Jour après jour, heure après heure, minute après minute, seconde après seconde, le temps s’est égrené… Il a imprimé sa marque sur nous, l’hiver froid et pluvieux de ton départ à fait place au printemps, puis à l’été, mais ceux ci n’ont pas réussi à nous réchauffer complètement.

Soleil intermittent, et surtout de l’eau… Des trombes d’eau, qui ont lavé le ciel. Sera t il encore aussi bleu qu’avant ? Je ne fais que l’espérer.

Ton grand frère grandit, s’épanouit… Il est plein de rires, et de facéties. J’aime à penser , en voyant son sourire lumineux, que tu es là, pas loin, et que tu veilles sur lui, comme une petite étoile au milieu de l’immensité.

Ton pére et moi nous efforçons de mener notre vie, de continuer. Sans jamais t’oublier, mais en avançant. Quelle plus belle manière que de donner la vie, à nouveau? Alors, oui, on songe à faire un bébé, on le souhaite du plus profond.

Te remplacer? Jamais, car tu as pris trop de place dans nos vies, malgré le peu de temps passé ensemble. Mais juste deux adultes qui s’aiment, qui veulent encore donner beaucoup d’amour, … Pas tout ce qu’il nous reste, mais tout ce que l’on va créer, pour elle, pour lui. Car le coeur des parents grandit avec les enfants…

J’espère que d’où tu te trouves, tu nous enverras de ta lumière.

Je t’envoie mille baisers ( et encore plus)

Ta maman qui t’aime

20:37 Écrit par sand dans me, myself and i | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : enfant, deuil |  Facebook |

27/07/2008

Goodbye Zoé

On est Samedi soir… Les nausées sont enfin un mauvais souvenir, son ventre s’arrondit (les filles du yoga le lui ont bien fait remarquer mardi, on ne voyait que son rond bedon), elle est  fatiguée en tenue hyper sexy (ben oui, le jogging mou du samedi, celui qui est si confort), elle et lui s’appretent à passer une soirée tranquille. Ils se sont bien passés finalement ces 5 premiers mois de grossesse…

A part que depuis quelques jours, elle a  de petites douleurs au ventre, oh rien de très grave, juste quelques tiraillements… Confortablement installée devant les Enfants de la Télé, Loulou à côté, tout va bien… Soudain, elle  rit et là, elle  sent entre ses jambes quelque chose qui coule, juste un peu, elle  monte se changer en se répétant que c’est sûrement rien. Et ça recommence…

Son coeur bat à tout rompre, elle appelle son homme qui ni une ni deux veut l’emmener à l’hôpital, appelle ses parents pour garder le petit bout et c’est parti. On fonce vers l’hôpital, lui reste silencieux, elle a  besoin de parler pour se rassurer. Il jure que ce n’est rien, non, surement pas grand chose, ne t’inquiètes pas. Elle  joue le jeu, le sentant à deux doigts de craquer et elle  fait comme si tout allait bien. Sauf que tout ne va pas bien. Elle  le sait, elle  le sent.

Comme elle a su qu'elle était  enceinte alors qu'elle avait un stérilet, le bébé surprise, celui qu’on n’attendait pas, celui qui s’est accroché malgré tout à la vie, à elle. Arrivés, on les installe dans la salle d’examen, une jeune interne fait un premier examen, ne leur  dit rien, appelle sa chef. Elle arrive, très froide, très pro, elle leur  fait un peu peur car ils  savent  que si mauvaise nouvelle il y a, c’est par sa bouche qu'ils  l’apprendraient. Comme elle la  déteste déjà ! Après les examens, elle se décide à parler : “vous avez une rupture de la poche des eaux, on ne sait pas pour l’instant à quoi c’est du, mais on cherche, c’est probablement une infection”. Une infection ? Alors elle pose des questions : est-ce irrémédiable, est-ce qu’on peut espérer quelque chose ? Le bébé est bien trop petit pour survivre à une sortie si précoce, tous les arguments scientifiques lui pètent à la figure…

Elle a  compris, son bébé va mourir. L’homme, son homme, si solide et fort d’habitude est sonné. Elle  doit lui répéter pour qu’il comprenne. Elle  ne pleure pas, elle  ne crie pas, elle  suis calme, surtout ne pas craquer ou elle  ne sait pas si elle s'arrêtera. On les conduit dans une chambre et les choses se précipitent.

Les résultats d’analyses sont clairs et tombent : il faut que le bébé sorte au plus vite, sans quoi elle est en danger. On lui dit : “c’est comme un abscès dans votre utérus” et c’est de son bébé dont on parle. Elle  vomit, partout, toute la rage, l’impuissance, la colère, tout sort d'elle  par cette vomissure…Et c’est parti pour la longue nuit. A ce stade, pas d’autre solution qu’un accouchement qu’il faudra bien provoquer. Ses yeux sont secs, elle  ne sent même pas la douleur des contractions qui arrivent pourtant. C’est long, horriblement long… Le temps se traine, elle  fixe le plafond, se refait le film.

Qu’est-ce qu'elle a manqué, qu’est-ce qu'elle aurait du faire ou pas. Lui est défait, ne sais pas quoi dire pour la  rassurer, elle  est si triste de le voir dans cet état que elle essaie de le rassurer. "Tu sais, je n’ai pas trop mal, si ça arrive, c’est que ça devait être, on en a déjà un de petit bout merveilleux et en bonne santé qui plus est…" On vient leur parler d’enterrement pour le bébé, leur  demander s'ils veulent  le voir, le prendre dans les bras, l’avoir en photo.Tant de questions difficiles à la fois, qui se bousculent dans leurs  têtes. Les infirmières sont aux petits soins, on sent qu’elles aussi ça leur fait quelque chose…

Le temps coule, lentement, les formalités administratives se remplissent puis soudain, une grande contraction, et le bébé sort de son ventre. Cette chose molle qui fait un bruit sourd en tombant sur la table d’accouchement, c’est sa fille, c’est Zoé, celle qu'elle  n’habillera jamais de robes fleuries, celle qui ne lui dira jamais maman, celle qu'elle  ne verra jamais grandir. Maintenant reste le placenta et le stérilet qu’il faut retrouver. Pas de stérilet, nulle part. On ne le retrouve pas. On l’emmène illico pour un abdomen à blanc après lui avoir expliqué que s’il n’a pas été expulsé, il faudra l’endormir pour l’enlever. Foutez lui  la paix…Heureusement, il était parti. Elle  rentre dans sa chambre, elle est blanche, froide, elle  ne veut voir personne. Et là, elle  pleure, longtemps, un temps infini…

21:41 Écrit par sand | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : enfant, deuil, grossesse |  Facebook |